Fondé en 1983, par
Jean-Maurice Gélinas et Rachel Roy, deux
comédiens du Conservatoire d’art dramatique du
Québec à Montréal, par Kateri-Hélène Racine,
comédienne issue de l’École Jacques Lecoq à
Paris et par Guy Lapierre, artiste
multidisciplinaire. Jean-Maurice Gélinas et Guy
Lapierre partagent la direction artistique.
Le Théâtre Acte 3 inaugure
ses activités avec l’une de ses premières
créations nord-américaines : Outrage au
public, « l’anti-pièce » de Peter Handke.
Dès lors, Acte 3 pose les bases d’une
expérimentation redoutable. Il re-questionne le
rapport scène / salle, la position et la
participation du public.
Il fait le choix d’un
théâtre « à texte », un théâtre de la
parole. Il considère que la parole est
fréquemment un objet opaque, détaché de son
message, se suffisant pour ainsi dire à
lui-même, pourvu qu’il vienne provoquer le
spectateur et agir physiquement sur lui. La
parole elle-même est donnée en spectacle.
Son répertoire est
international. Acte 3 privilégie des auteurs
dont la pensée offre une vision philosophique et
une portée sociale (Peter Handke, Jean Cocteau,
Marguerite Duras, Jean Racine, Jean Vauthier, Witold Gombrowicz, Rober Racine, Christian
Dumais-Lvowski).
Le Théâtre Acte 3 aime jouer
de l’ironie (« J’utilise l’ironie comme un
bateau pour arriver aux gens » Peter
Handke), mais il peut aussi traduire fidèlement
des univers singuliers (Duras, Vauthier,
Gombrowicz). Acte 3 se penche également sur
l’écriture dramaturgique (Il Lavoro / Le
travail d’Orphée à Venise, La Belle et la Bête),
l’adaptation scénique de roman (Les Enfants
terribles de Jean Cocteau), la re-lecture
d’œuvres classiques (Andromaque, Britannicus) et la création de nouvelles
œuvres (Le Cœur de Mattingly de Rober
Racine).
L’acte théâtral ravit les
animateurs d’Acte 3 dans la mesure où il y a de
véritables défis à relever. Les textes choisis
sont autant de coups de cœur pour leur contenu
et pour ce qu’ils sous-tendent d’effet
novatoire, d’investissement humain, d’expérience
artistique.
Puis, donnée essentielle de
son expérimentation, Théâtre acte 3 explore le
lieu de
représentation. Il invite le public dans
des espaces non-théâtraux, des espaces urbains
abandonnés qui font corps avec les mises en
scène et les œuvres dramatiques choisies (ancien
bain public, bibliothèque, hall administratif,
atrium, loft, hôtel). Acte 3 réinstalle le
théâtre dans des lieux qui ne lui sont pas
destinés afin qu’il reconquiert son caractère
d’événement. Ainsi, le spectacle agit sur le
spectateur comme un fait biographique dont il se
souvient, qui s’imprime dans sa mémoire. Dans
ces espaces, le spectateur devient le centre du
spectacle. Celui qui est au centre fait donc
partie de l’aventure. Pour le Théâtre Acte 3, la
vérité du lieu légitime l’acte théâtral, elle
lui donne ses assises. Le lieu préexiste au
spectacle, il y a une autonomie initiale. Seule
la rencontre éphémère lieu-spectacle parvient à
produire un événement.
S’il s’est affiné, le mandat
du Théâtre Acte 3 n’a pas changé : explorer un
texte « dense » en se mesurant à ses multiples
interprétations (compromission du langage)
dans un processus créatif qui tient à la fois de la
confrontation et de la découverte. La mise en forme
procède par recherche et aboutit à un traitement
contemporain où l’interprétation, le visuel et le
sonore sont les paradigmes de l’événement théâtral.