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LES LIEUX DU SPECTACLE

Le Théâtre partout, mais pas n’importe où….

Ce qui dans l'exercice de notre métier demeure excitant est le rapport de l'homme à l'espace.

 

 
 

 


Le Théâtre Acte 3 considère que l'espace est une sorte de médium qui, avec ses facultés (hauteur, largeur, profondeur, proximité, éloignement, visibilité et invisibilité, netteté et absence de netteté, contact et absence de contact, perspective et absence de perspective, évidence et dissimulation, etc.) est le plus évident et le plus vaste champ d'expériences physiques pour le spectateur.

Notre tâche est plutôt d'extraire d'un texte ce qui convient à nos recherches et de trouver les espaces correspondants. Il faut trouver les moyens de donner une impression d'étroitesse ou d'étendue, de solitude ou de familiarité dans une chambre d'hôtel ou dans une piscine. On doit pouvoir choisir pour l'espace à créer les dimensions qui conviennent à chaque pièce, à chacun des projets. Ainsi, le metteur en scène peut découper l'espace selon la dramaturgie du texte, reconstituer l'architecture qui convient à ce texte, répandre l'illusion parmi les spectateurs.

 

Acte 3 a présenté La Voix humaine de Cocteau et Agatha de Marguerite Duras à l’hôtel Karukera… l’Événement Handke dans un loft à l’édifice Cooper… La Chevauchée sur le lac de Constance de Peter Handke aux Jardins intérieurs du Collège de Maisonneuve… Les Gens déraisonnables sont en voie de disparition du même auteur dans le hall de l’ancien immeuble du Barreau du Québec… Andromaque, Les Enfants terribles, Il Lavoro / Le Travail d’Orphée à Venise, La Belle et la Bête, au Bain Laviolette… Mariage de Gombrowicz et Britannicus de Jean Racine au Théâtre de la Bibliothèque.

 

« Hormis le Théâtre Zoopsie, et bien avant Momentum, depuis plus de vingt ans qu’il se produit – bien qu’avec des pauses -, le Théâtre Acte 3 a été le premier à convier les spectateurs dans plusieurs lieux aussi inattendus que spectaculaires. Dans sa mission même, Acte 3 « requestionne le rapport scène-salle, la position et la participation du public.»(1)

Jean-Maurice Gélinas a le don des lieux. Chacune de ses mises en scène commence par la recherche d'un morceau approprié d'espace urbain, non théâtral a priori, et dans lequel s'établiront la rencontre du texte et du site, puis la construction du spectacle. L'espace Adénaturé est donc investi de nouvelles paroles, et c'est un rite d'appropriation des lieux que célébreront les personnages. Il faudra alors lire ce qui est mis en action par le metteur en scène-acteur comme une suite de retournements et de travestissements des figures et des lieux.»(2)

 

Le Bain Laviolette

Le Bain Laviolette était un lieu singulier et poétique. En plus de ses qualités inhérentes, cet espace polyfonctionnel posait un défit permanent à ses usagers. Sa configuration particulière était une source inaltérable de créativité. Elle proposait une multitude de possibilités vivifiantes et innovatrices.

Tout expérimentateur doit se soucier des rapports avec le public. Une salle orientée dans une seule direction, avec une scène et un amphithéâtre construits en béton, est la condition la plus défavorable qu'on puisse trouver pour maîtriser l'espace comme moyen de production.

    

« Acte 3 fut, sauf erreur, la première compagnie montréalaise à se produire dans une piscine désaffectée (…) Toujours est-il qu’Acte 3 a eu la main heureuse en présentant Andromaque au Bain Laviolette, avenue De Lorimier, tout près du pont Jacques-Cartier, en avril 1985 (…) Jean-Pierre Ronfard salue la découverte de la piscine Laviolette … »(3)

"J'apprends avec le plus grand contentement que le groupe Acte 3 envisage de transformer en lieu de spectacle l'établissement Bain Laviolette. En effet, il me semble que le nombre des lieux de théâtre à Montréal est singulièrement restreint face au nombre et à la vitalité des créateurs,  que l'art théâtral gagne beaucoup à envahir des lieux communautaires comme celui dont il est question. Ils possèdent par nature un caractère, une architecture, parfois une histoire spécifique qui en font souvent, et à moindre prix, des cadres plus chauds, plus propices à la communication que des constructions neuves, prétendues Afonctionnelles" mais qui, en réalité, inscrivent dans le béton tous les conformismes. La compagnie Acte 3 est parfaitement apte à mener à bien un tel projet si j'en juge par la réussite remarquable de certaines de ses réalisations dans des lieux à première vue non théâtraux.»(4)

"L'avenue De Lorimier qui longe le pont Jacques-Cartier s=avère une suite de terrains vagues et de bâtiments désaffectés, à l'exemple du Bain Laviolette sis près du boulevard de Maisonneuve. Mais le sort de ce bain public peut être tout autre. En effet, à deux reprises ces derniers temps, il a été approprié par les comédiens du Théâtre Acte 3 et transformé en un lieu magique. Ils y ont joué successivement la pièce Andromaque de Jean Racine, pour laquelle le fond de la piscine a suggéré le palais luisant et décadent du roi Pyrrhus et Les Enfants terribles de Jean Cocteau. Comme lieu de théâtre d'essai, le Bain Laviolette offre une présence et une polyvalence exceptionnelles permettant toutes les fantaisies.»(5)

« Quelle sera la prochaine aventure d’Acte 3 et, surtout, dans quel nouveau lieu excentrique nous entraînera-t-elle ? Parions qu’à nouveau le public se rassemblera dans un lieu non destiné à la rencontre théâtrale, mais qui s’imprimera durablement dans la mémoire.»(6)

 

 

1. Michel Vaïs, « Acte 3 en liberté », Cahiers de théâtre Jeu, no.115, 2005.
2. Serge Ouaknine, Cahiers de théâtre Jeu, no.41, 1986
3.
Michel Vaïs, « Acte 3 en liberté », Cahiers de théâtre Jeu, no.115, 2005.
4. Jean-Pierre Ronfard, metteur en scène.
5. Jean-Claude Marsan, Le Devoir, 19 septembre 1986.
6. Michel Vaïs, « Acte 3 en liberté », Cahiers de théâtre Jeu, no.115, juin 2005.