L’Événement Handke
4
pièces – 1 banquet – 7 heures de représentation…
Prédiction
« Demain sera identique à aujourd’hui. »
Ni
salle, si scène. Qu’un loft divisé en labyrinthes par des blocs
de chaises réservées au public. Premier sujet d’observation : le
public de face, de dos, de profil.
Il
est 16h30. La magie démystifiée, tout s’expose froidement, dans
la lumière crue. Le rapport à la scène est perturbé. Un seul
ton : le récitatif. Un seul mouvement, la marche continue,
appuyée, scandée par le rythme des voix. Un seul visage : le
masque souriant.
Les
voix de Prédiction martèlent les phrases de l’immuabilité des
choses, nous encerclent, se répercutent en écho devant,
derrière, annonçant d’un ton prophétique ce que personne
n’ignore, ne dévoilant rien de nouveau.
Introspection
« Je
me suis exprimé par des actes. Je me suis exprimé par mon
immobilité. »
Une
salle à l’italienne. Le public se retrouve dans sa position
normale, sur des chaises en rangée. Cela s’impose puisque nous
allons retrouver une situation classique du théâtre tragique
bourgeois. Pour la naissance de l’ego et l’affirmation de Je.
Un seul fauteuil, à la fois refuge et opposant. Je se
découvre, s’anime, se développe, s’émancipe, s’écroule… Bref, un
bon petit Je bien ordinaire avec les hauts et les bas
communs à tous les Je de l’univers. Toutes les actions,
toutes les pensées sont saisies, contrôlées par Je. Tout
émane de Je. Sans se nommer Je n’existerait pas,
ainsi la seule conquête, la seule victoire de Je.
Je en se soumettant aveuglément aux
influences et aux pressions du monde (qu’il considère comme
faisant partie de lui-même) alors Je, bien façonné, bien
pétri, va au théâtre.
Outrage au public
« Vous serez insulter parce que l’insulte est une façon de
communiquer. »
Théâtre Acte 3 a créé de nouveaux rapports. Scène en
amphithéâtre grec. Deux chaises. Éclairage d’égale intensité sur
le public. Ce théâtre n’est pas un théâtre, ses accessoires ne
sont pas des accessoires, ce drame n’est pas un drame.
L’entreprise consiste à affirmer l’inexistence du théâtre. Le
public cesse d’être spectateur. C’est lui qui joue, c’est lui
qui fait le spectacle. Rien de ce que l’on voit sur le plateau
n’est théâtral. Les spectateurs étonnés, se questionnent,
s’agitent, rient, crient, sifflent. Et l’attaque contre la
réalité de l’illusion théâtrale se poursuit…
Le
public s’est fait coincé. Il ne supporte pas ce paradoxe sur la
réalité et l’illusion du théâtre que par son seul lieu commun :
le temps. Le temps concret, palpable, physique. Le public est
prisonnier et otage du temps présent. Et tout à coup, les
insultes ! Directes, crues, les insultes éclaboussent. Et le
public de répliquer aux insultes puisqu’il n’y a rien d’autre à
faire. La qualité de la représentation en dépend.
Appel au secours
« Quiconque se trouvera sur la voie publique après le coucher du
soleil sera fusillé : non. »
Toute la pièce se déroule dans un mouvement gyroscopique autour
d’un totem constitué de podium et où trône un juge suprême qui
évalue, soupèse et rejette les propositions de communication
constituées d’extraits de mode d’emploi, de recettes et
d’ordonnances. Et toujours le refus, l’échec. Les phrases
lentement s’amenuisent, tendent vers les monosyllabes pour
qu’enfin le contact s’établisse sur le mot clef « secours ».
Ce
théâtre incantatoire fait de textes prêts à consommer est aussi
un rituel de la découverte de l’autre par la parole. Les corps
propulsés par la parole scandée, poussée à bout de souffle, se
déplacent en contre-point, en symétrie constante, comme les
éléments semblables qui se repoussent.
|