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ÉVÉNEMENT HANDKE
de Peter Handke

 

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Théâtrographie

 

 

 

 


 

Avec: Jean-Maurice Gélinas, Guy Lapierre, Kateri-Hélène Racine, Rachel Roy, Michèle Turenne, Mises en scène: France Arbour / Introspection, Outrage au public: Jean-Maurice Gélinas / Prédiction: Odette Guimond

Appel au secours: Conception scénographique: Jean-Maurice Gélinas / Affiche: Guy Lapierre / Photo: Pierre Rochon / 17 et 18 mars 1984 / Édifice Cooper, Montréal. En collaboration avec Les Jardins d’Auteuil  La Maison Secrestat  Les Vins Lubec Librairie Michel Fortin Le Théâtre d’Aujourd’hui


 

L’Événement Handke
4 pièces – 1 banquet – 7 heures de représentation…

Prédiction
« Demain sera identique à aujourd’hui. »

Ni salle, si scène. Qu’un loft divisé en labyrinthes par des blocs de chaises réservées au public. Premier sujet d’observation : le public de face, de dos, de profil.

Il est 16h30. La magie démystifiée, tout s’expose froidement, dans la lumière crue. Le rapport à la scène est perturbé. Un seul ton : le récitatif. Un seul mouvement, la marche continue, appuyée, scandée par le rythme des voix. Un seul visage : le masque souriant.

Les voix de Prédiction martèlent les phrases de l’immuabilité des choses, nous encerclent, se répercutent en écho devant, derrière, annonçant d’un ton prophétique ce que personne n’ignore, ne dévoilant rien de nouveau.

Introspection

« Je me suis exprimé par des actes. Je me suis exprimé par mon immobilité. »

Une salle à l’italienne. Le public se retrouve dans sa position normale, sur des chaises en rangée. Cela s’impose puisque nous allons retrouver une situation classique du théâtre tragique bourgeois. Pour la naissance de l’ego et l’affirmation de Je. Un seul fauteuil, à la fois refuge et opposant. Je se découvre, s’anime, se développe, s’émancipe, s’écroule… Bref, un bon petit Je bien ordinaire avec les hauts et les bas communs à tous les Je de l’univers. Toutes les actions, toutes les pensées sont saisies, contrôlées par Je. Tout émane de Je. Sans se nommer Je n’existerait pas, ainsi la seule conquête, la seule victoire de Je.

Je en se soumettant aveuglément aux influences et aux pressions du monde (qu’il considère comme faisant partie de lui-même) alors Je, bien façonné, bien pétri, va au théâtre.

Outrage au public

« Vous serez insulter parce que l’insulte est une façon de communiquer. »

Théâtre Acte 3 a créé de nouveaux rapports. Scène en amphithéâtre grec. Deux chaises. Éclairage d’égale intensité sur le public. Ce théâtre n’est pas un théâtre, ses accessoires ne sont pas des accessoires, ce drame n’est pas un drame. L’entreprise consiste à affirmer l’inexistence du théâtre. Le public cesse d’être spectateur. C’est lui qui joue, c’est lui qui fait le spectacle. Rien de ce que l’on voit sur le plateau n’est théâtral. Les spectateurs étonnés, se questionnent, s’agitent, rient, crient, sifflent. Et l’attaque contre la réalité de l’illusion théâtrale se poursuit…

Le public s’est fait coincé. Il ne supporte pas ce paradoxe sur la réalité et l’illusion du théâtre que par son seul lieu commun : le temps. Le temps concret, palpable, physique. Le public est prisonnier et otage du temps présent. Et tout à coup, les insultes ! Directes, crues, les insultes éclaboussent. Et le public de répliquer aux insultes puisqu’il n’y a rien d’autre à faire. La qualité de la représentation en dépend.

Appel au secours

« Quiconque se trouvera sur la voie publique après le coucher du soleil sera fusillé : non. »

Toute la pièce se déroule dans un mouvement gyroscopique autour d’un totem constitué de podium et où trône un juge suprême qui évalue, soupèse et rejette les propositions de communication constituées d’extraits de mode d’emploi, de recettes et d’ordonnances. Et toujours le refus, l’échec. Les phrases lentement s’amenuisent, tendent vers les monosyllabes pour qu’enfin le contact s’établisse sur le mot clef « secours ».

Ce théâtre incantatoire fait de textes prêts à consommer est aussi un rituel de la découverte de l’autre par la parole. Les corps propulsés par la parole scandée, poussée à bout de souffle, se déplacent en contre-point, en symétrie constante, comme les éléments semblables qui se repoussent.

 

    

 

« Quatre pièces pour en faire un happening qui bouleverse toutes les conventions du théâtre, décentrant les rôles respectifs de l’acteur et du spectateur. Acte 3 fournit une occasion exceptionnelle de s’introduire à une œuvre théâtrale tout à fait originale. »

Gilles G. Lamontagne, La Presse.
 

« Recherche théâtrale sincère et sympathique, amour du métier, évident et communicatif, belle énergie ; vous déroutez avec adresse puis tendez la main au spectateur en un clin d’oeil complice. Belle jonglerie avec l’abstrait et l’incongru sans pour autant vous prendre au sérieux (rarissime). Vous donnez le goût de jouer avec vous (…) Introspection : “Une performance vigoureuse de Jean-Maurice Gélinas qui jonglait avec l’émotion brute et l’ironie détachée. Un débordement physique qui accentuait le propos jusqu’à la dérision. »
 

Marie-Louise Paquette, Cahiers de théâtre Jeu.
 

« Avec Handke, nous atteignons le point limite après lequel la déstructuration commence, le champ sémantique s’effondre, le théâtre se dématérialise et n’existe plus que par sa propre remise en question. Mais étrangement, la mise à mort du théâtre le rajeunit. On sent un coup d’air frais. Ainsi, c’est l’excellence du jeu de Jean-Maurice Gélinas qui nous tient en haleine, le récitatif réussi de Kateri-Hélène Racine et de Rachel Roy qui nous séduit,. Les salopettes pastelles, la scénographie hétéroclite du totem, la mise en scène dynamique d’Appel au secours infirment ce que le texte prétend. »

Alaingo, revue Intervention.
 

Introspection joué par Jean-Maurice Gélinas est un moment d’une rare émotivité, au théâtre.”

Jean-Pierre Ronfard, metteur en scène.
 

“Je garde un très beau souvenir de ce spectacle émouvant. Jean-Maurice Gélinas m’a vraiment bouleversé par son interprétation magistrale de la pièce de Introspection de Peter Handke”.

Fernand Nault, chorégraphe.
 

“Dans une mise en scène vivante de France Arbour, Jean-Maurice Gélinas joue sur tous les registres émotifs possibles Introspection, un excellent exercice, un défi pour comédien : toute une performance ! . »

Francine Grimaldi, Radio-Canada.