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LES GENS DÉRAISONNABLES
SONT EN VOIE DE DISPARITION
de Peter Handke

 

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Avec: François Beaugard, Serge Christiaenssens, Jean-Maurice Gélinas, Ronald Houle, Kateri-Hélène Racine, Pierre-Luc Delorme, Tessa Goulet, Jacques Morin, Rachel Roy / Mise en scène: Jean-Maurice Gélinas Assisté de Guy Lapierre / Scénographie Manon Choinière / Costumes: Serge Beaudoin / Environnement sonore: Réjean Dugal / Affiche: Guy Lapierre / Photo: Bernard Dubois / Du 17 octobre au 18 novembre 1985 / Ancien Barreau du Québec, Montréal. En collaboration avec Le Ministère des Affaires culturelles du Québec La Ville de Laval La Maison Saint-Éloi Omer DeSerres  Alvaro Coiffure Moug Locam Radio-Québec


 

Pour cette tragédie sur le pouvoir, Théâtre Acte 3 a transformé en aire de jeu le hall administratif de l'ancien Barreau du Québec situé au cœur du quartier des affaires dans le Vieux-Montréal. Il s'agit d'une vaste surface rectangulaire au rez-de-chaussée, de mezzanines surplombant le hall et dans lesquelles logent les spectateurs. Sous ces mezzanines, au niveau de l'aire de jeu, des silhouettes représentent un centre-ville avec ses édifices en hauteur et, à chaque extrémité, repoussées du centre de l'activité économique, les vieilles demeures. La surface occupée par le hall est le luxueux domicile du super financier Herman Quitt.

Ce dernier qui règne sur un empire commercial n'est plus qu'une machine, un ordinateur. Nous sommes ici à l'ère du microprocesseur, de l'industrie impersonnelle. Il n'y a plus de plaisir, plus de déraison, plus de charnel. Cependant, une seule préoccupation : Moi. "...et moi ce n'est pas seulement moi mais aussi une caractéristique du monde."

Peter Handke n’est à nul autre comparable. Son univers est immatériel, son langage métaphysique, ses dialogues semblent puiser directement aux sources du subconscient.

Comme toujours chez Handke, l'on retrouve cette dialectique de la force et de la soumission, du langage qui dérape, se détraque et rétablit aussitôt son pouvoir de coercition sur l'autre, pour l'écraser, le réduire à néant.

Acte 3 propose un esthétisme achevé dans la  mise en scène où chaque élément du décor, du gestus ou du costume souligne l'enflure du verbe et l'inanité du propos. Les personnages ont des figures de poupées de cire. Les costumes sont extravagants. Nous sommes dans le paraître. Même le soleil couchant est factice.

 

    

     

      

 

« Voir une pièce d’Handke est une expérience unique mais je vous préviens elle n’est pas à la portée de n’importe qui. Pourquoi l’ancien Barreau de Montréal ? Parce qu’il s’agît d’une pièce sur le pouvoir, une tragédie sur le monde des affaires, sur le pouvoir démesuré d’un homme, sur les valeurs mythiques du pouvoir... Acte 3 a produit un très bon spectacle, dans le sens ou il respecte et traduit correctement l’esprit de l’auteur. Gélinas interprète le personnage Quitt avec un indéniable talent. »

Raymond Bernatchez, La Presse.
 

« C’est une mise en scène particulièrement léchée qu’offrait en octobre le Théâtre Acte 3, dans les anciens locaux du Barreau du Québec. Encore un lieu astucieusement réinvesti par cette équipe. Il faut reconnaître que l’immense vestibule du 70 Notre-Dame ouest présente une fameuse aire de jeu. Ce propylée flanqué de galeries suspendues avec, dans le fond, ce superbe escalier d’où descendront les comédiens, n’est pas sans rappeler la disposition du Théâtre élisabéthain. S’agît-il d’une charge impitoyable des multinationales et de la publicité, d’un théâtre d’intervention politique, ou d’une métaphore plus vaste du Logos occidental ? Les deux postulations coexistent chez Handke, mais je soupçonne Acte 3 d’avoir penché vers la seconde. En témoigne, outre leurs spectacles antérieurs, l’esthétisme achevé de la présente mise en scène où chaque élément du décor, du gestus ou du costume souligne l’enflure du verbe et l’inanité du propos.... Soulignons ici l’imagination et le savoir-faire de Serge Beaudoin qui signe pour Acte 3 des costumes d’une remarquable facture. »

Bernard Andrès, Spirale.