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AGATHA
de Marguerite Duras

 

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Avec: Jean-Maurice, Gélinas Kateri-Hélène, Racine Rachel Roy  / Mise en scène: Guy Lapierre,  Assisté de Jean-Maurice Gélinas / Scénographie: Jean-Maurice Gélinas / Affiche :Guy Lapierre /  Photo: Bernard Dubois / Du 28 novembre au 27 décembre 1984 / Hôtel Karukera, Montréal En collaboration avec La Paryse Le Pavillon des Arts.


 

Pour recréer le monde introverti de Marguerite Duras, Acte 3 transforme la chambre, qui fut déjà habitée par La Voix humaine dans le petit hôtel Karukera, en salon privé qui donne sur la mer. Le salon est traversé d'une lumière provenant d'une porte vitrée ouvrant sur un ciel bleu. Tout, costumes compris, y est de blanc, de noir ou de gris. Le bruit des vagues accompagnent les voix tout au long de cette cérémonie des adieux.

Pas plus de vingt spectateurs sur le plancher en damier. Ils en deviennent les pions, pièces prisonnières d'un jeu contrôlé par les comédiens. Cet espace, plus que tout autre, nous demande de nous situer par rapport au lieu que nous découvrons. Le plaisir du spectateur provient de la conscience de se trouver dans un espace limité qu’on perçoit comme illimité grâce à l’acte théâtral. Le critère de la distance devient indispensable, car ici, tout se joue entre la distance intime et la distance personnelle. Le public se voit impliqué dans une autre relation que la relation théâtrale habituelle, fondée plutôt par la distance sociale. Les spectateurs, bien que peu nombreux, se sentent privés de leur identité spatiale, car le spectacle leur fait violence en pratiquant le rapprochement maximal. À la privatisation du lieu répond la privatisation des rapports acteurs-public.

La version Acte 3 ajoute une seconde femme au couple, personnage différent, un peu extérieur qui dit quelques-unes des indications scéniques et emprunte certaines répliques du personnage de la soeur. Serais-ce Duras elle-même ? La conscience de l'auteur ? Cette hypothèse est laissée entièrement ouverte. À quelques moments précis, les tangos de Piazzola et la musique de Brahms se mêlent aux voix et aux vagues.

Marguerite Duras s'intéresse au sentiment, à la passion plus précisément et si l'inceste l'interpelle, c'est parce qu'il infuse à celle-ci une ardeur particulière qu'on ne trouverait pas ailleurs : A l’ inceste, c'est la coïncidence miraculeuse entre la passion et le lien parental, le fait d'avoir une petite enfance commune et de s'aimer de passion dit l'auteur d'Agatha.

Le talent, la personnalité, l'expérience langagière de Duras s'unissent pour brosser un tableau, une démonstration exemplaire de la passion amoureuse portée à son paroxysme. Le résultat est tout le contraire d'un débordement : le sentiment paraît figé, statique, irrécupérable pour les romantiques que nous sommes souvent. La mise en scène opte pour cette façon Aunie de jouer Duras qui est aussi sa façon d’écrire, à elle.

 

 
  

 

« Un beau Duras, lissé, lustré, dans un salon privé d’hôtel. Toute la mise en scène concourt au même effet : ne pas distraire – le moins possible- du texte de Duras. Au sens large : texte littéraire, texte filmique aussi bien; puisque ces répliques disposées en séquences renvoient inévitablement aux plans et aux montages caractéristiques de la réalisatrice. Il faut pour apprécier cette « mise en scène » de Guy Lapierre, la regarder comme un tournage, imaginer soi-même les cadrages et le montage du film auquel on assisterait. Proximité extrême des comédiens « sur le plateau », jeu figé, poses hautaines, gestuelle brisée. En bruit de fond, derrière les vagues, lancinantes, agaçante, fascinant, la prose de Duras. »

Bernard Andrès, Spirale.
 

« Agatha du Théâtre Acte 3 constitue le meilleur spectacle, à ce jour, de cette jeune compagnie. Tout se déroule dans un petit salon à l’austère beauté. Les attitudes et les déplacements que Guy Lapierre a réglés marquent une compréhension sensible du texte et un sens plastique souvent remarquable. »

Paul Lefebvre, Le Devoir.
 

« L’univers bien particulier de la romancière, dramaturge et cinéaste de renom est ici rendu avec beaucoup de fidélité, avec scrupule même. Après la représentation, on ne « prend congé » que peu à peu de la pièce, métamorphosé que nous avons été par le climat méditatif qu’elle a distillé en nous et par ce beau texte si vrai, si pénétrant. »

« Agatha d’Acte 3, est un spectacle très intéressant. Très ingénieux l’utilisation du miroir, les ombres, les profils multipliés. Les acteurs sont très bons. L’esprit de Duras est tout à fait là. »

Claude Jutra, cinéaste.
 

« J’ai beaucoup apprécié le traitement cinématographique de la pièce.»

Mireille Dansereau, cinéaste