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ANDROMAQUE
de Jean Racine



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Avec:
André Bradette,
Pierre-Luc Delorme, Louise Élie, Nathalie Fortin, Jean-Maurice
Gélinas, Ronald Houle, Guy Lapierre, Gaby Pelletier, Marcel
Pomerlo, Kateri-Hélène, Racine Rachel Roy
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Mise en scène:
Jean-Maurice Gélinas
Assisté
de Guy
Lapierre /
Costumes:
Serge Beaudoin
/ Lumière:
Manon Choinière
/
Environnement
sonore:
Patrick Handfield
/ Affiche:
Guy
Lapierre
/ Photo:
Bernard Dubois
/ Du 25 avril au 27 mai 1985 / Bain Laviolette, Montréal. En
collaboration avec La Ville de Montréal La Maison Saint-Éloi
Radio-Québec. |
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C'est
dans un bain public désaffecté, presque sous la rampe d'accès
du pont Jacques-Cartier, que le Théâtre Acte 3 convie les
spectateurs à assister à la tragédie classique. Andromaque
se distingue par son absence de décor. Le palais de Pyrrhus en
Epire constitue l'espace fictionnel où se déroule le
drame. Toutes les dimensions de hauteur, largeur, longueur et de
profondeur sont exploitées. Les colonnes portant le toit de
l'édifice et les parois en mosaïques de la piscine suggèrent le
faste décadent du palais. La dénivellation de l'ouvrage
rend plausible les trois unités (de lieu, de temps et d'action)
du théâtre classique : le spectateur, installé dans la partie
moins profonde de la piscine se retrouve comme au centre d'un
péristyle, témoin (voyeur) du drame. Entouré de toutes parts par
le lieu scénique, le public est prisonnier de l'action
à laquelle il ne peut échapper une fois la représentation
commencée.
Andromaque est ici,
une tragi-comédie. Les personnages sont constamment tiraillés
entre les incidents de leur vie amoureuse et le poids de leur
statut de démiurges. La mise en scène situe l'intrigue entre les
vestiges de notre civilisation et les prémices d'une nouvelle.
Souvent
Aclassique,
parfois désarticulée comme une machine qui s'enraye, la diction
révèle toutes les facettes du texte sans jamais s'oublier comme
artifice, exercice de phonation purement formel, codé, figé.
Tantôt elle s'emballe,
tantôt elle reprend le cours altier de la parodie classique. La
gestuelle est stylisée et les déplacements chorégraphiques.
Le metteur en scène a élaboré un profil, un
caractère, une gestuelle spécifique, une démarche, des nuances
d’intonation, de débit, de modulations vocales pour chacun des
personnages. Alors que le roi déambule à l'aise
et prend possession de l'espace où qu'il soit, Andromaque est
confinée dans la partie plus profonde du bassin : l'espace
captivité. Oreste est étranger au palais de Pyrrhus. Il n'a pas
de place pour lui en Epire pas plus qu'il y en a dans le cœur
d'Hermione. Les courses folles, déplacements fougueux, pas
furtifs, crise hystérique connotent son statut d'être
sans espace, sans appartenance dans cette enceinte.
L'éclairage
définit et restructure indéfiniment l'espace. Une fumée
assombrit l'atmosphère et les rapports des personnages entre
eux. Cette densité enlève de la perspective au lieu et lui donne
en retour une épaisseur palpable tout en créant l'isotropie
d'étouffement. Les couleurs scintillantes des costumes
dépeignent les fonctions sociales des personnages. Le style
moderne des complets et des robes s'oppose au style antique des
toges et chasubles des furies, chœur rattaché à Hermione. Les
personnages portent tous des talons hauts. Ces cothurnes
obligent le comédien à une posture du corps
Aextraordinaire
et contribuent à dépasser les limites de son corps pour pénétrer
dans celui de son personnage.
Comme pour le théâtre antique, le théâtre de
Racine nous concerne bien plus et bien mieux par son étrangeté
que par sa familiarité : son rapport à nous, c'est
sa distance. Si nous voulons garder Racine, éloignons-le. Si les
grands classiques sont éternels, c'est parce qu'ils
se modifient encore.
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« ... Andromaque dont Acte 3 vient de donner une version
un peu “punkée” mais si admirable à l’oeil (et à
l’oreille). Tout en costumes déroutants, lamés aux couleurs
chaudes enfouissant les corps dans d’étonnantes combinaisons
spatiales, les comédiens égrènent Racine au bord d’une piscine
désaffectée. Au fond de la piscine (vide), on suit, interdit, ce
ballet sonore et lumineux qui viendra dérouler ses figures
jusqu’entre nos jambes. »
Bernard Andrès, Études Littéraires.
« ...Relevons donc d’emblée, et avec une admiration bien
tempérée, l’audace du Théâtre Acte 3 qui aborde avec le plus
grand respect la tragédie... Le risque est à peine calculable :
celui de s’empêtrer dans des alexandrins destinés aux cordes
vocales du Grand Siècle...Joué d’une seule venue, le texte est
bien défendu par les comédiens... Une étoile aussi pour la
“vedette” sans conteste de cette production : le lieu même qu’a
choisi la compagnie. Ce bain public désaffecté permet à la
troupe de faire l’économie du décor tout en servant on ne peut
mieux la mise en scène... Une étoile encore pour les costumes :
le chatoiement des couleurs du lamé, bien loin du péplum et de
la tunique traditionnels, a valeur de symbole selon la condition
des personnages. »
Marc Morin, Le Devoir.
« ...Dans l’espace inédit choisi, celui d’une piscine
désaffectée, l’auteur du spectacle a le privilège de changer
librement et sans difficulté les places du jeu. La discontinuité
est voulue. Et chaque scène reçoit une force de persuasion plus
troublante que sur un tréteau traditionnel...Le metteur en scène
casse avec courage la musique incantatoire du beau vers, il
propose une architecture dramatique propre, unitaire mais
déconcertante en même temps...L’analyse racinienne des
sentiments est subtile... Le travail de Gélinas est élaboré...
Il réussit à nous raconter un conflit vraisemblable, éloigné de
la typologie classique. »
Medeea Ionescu, Humanitas.
« L’entreprise de monter Andromaque dans une piscine publique
n’est pas aussi farfelue qu’elle en a l’air. L’espace sert bien
la pièce : par gravité, la pente accule les acteurs de la
tragédie au pied d’un mur, les “plages” permettent aux
demi-dieux de jouer au-dessus des spectateurs...Jean-maurice
Gélinas a su composer des scènes fortes, esthétiquement très
satisfaisantes, qui obéissent à une vision cohérente de
l’oeuvre. Sa propre interprétation d’Oreste, celle de
Kateri-Hélène Racine en Hermione et celle de Rachel Roy en
Andromaque sont très fortes. »
Aline Gélinas, La Presse. |
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