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ANDROMAQUE '86
de Jean Racine

 

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Avec: Néfertari Belizaire,  André Bradette,  Pierre-Luc Delorme,  Mireille Jodoin,  Ronald Houle,  Guy Lapierre,  André Larocque,  Hélène Lévesque,  Manon Lussier,  Pierre-Charles Millette,  Pascale Navarro,  Gaby Pelletier,  Marcel Pomerlo, Kateri-Hélène Racine,  Geneviève Robitaille,  Rachel Roy / Avec la participation de Lucien Francoeur / Mise en scène Jean-Maurice Gélinas  Assisté de Guy Lapierre / Chorégraphie: Hélène LévesqueJean-Maurice Gélinas / Scénographie et lumière: Serge Archambault / Costumes: Serge Beaudoin / Environnement sonore: Patrick Handfield /  Coiffure et maquillage: Alexandre Daniel / Affiche: Guy Lapierre / Photo: Linda Hains, Jean-Paul Aubry / Du 25 septembre au 27 octobre 1986 / Bain Laviolette, Montréal. En collaboration de La Ville de Laval La Ville de Montréal Locam


 

Notre intention est d'extraire d'un texte ce qui convient à nos recherches et de trouver les espaces qui lui correspondent. Dans cette aire de jeu homogène (le Bain Laviolette) qui permet et même encourage une liberté dans la permutation de son aménagement, le palais de Pyrrhus nous est apparu de nouveau.

La scénographie pour cette deuxième version d'Andromaque a aménagé deux escaliers disposés à l'intérieur de la piscine de chaque coté des spectateurs. Aucune cloison apparente divise l'espace scénique.

La prise de l'espace par les comédiens morcelle le lieu en espace distinct. Par exemple, dès sa première apparition, Pyrrhus utilise le promontoire du plongeon comme trône, d'où il surplombe sa captive, confinée aux profondeurs du bassin avec sa suivante. Après la visite de Pyrrhus lui annonçant son mariage avec Andromaque, Hermione est jetée par les furies dans l'espace captivité. Celui-ci se métamorphose en auditorium rock, où Hermione, microphone à la main, hurle sa vengeance et sa douleur d'amoureuse déchue. Les furies ponctuent son délire, elles l'encouragent  par leurs cris. L'intervention sonore et visuelle ajoutée aux jets d'eau qui tombent en pluie du plafond, constituent le syntagme déchaînement de la colère et de la rage d'Hermione. Le lieu maintenant rendu dangereux par les flaques d'eau qui recouvrent le sol devient une métaphore du danger que courent Hermione et Oreste, après la mort de Pyrrhus. Aussi, lors du point culminant, soit la folie d'Oreste, pour souligner l'envahissement et le sang versé, l'eau coulera le long des murs de l'enceinte.

Les costumes de la première version sont maintenant ornés de coquillages et de pièces de métal diverses qui dessinent une traînée de corail. Ce corail, en plus d'une connotation de luxe, rend le costume lourd à porter, au sens propre et au sens figuré et confère une importance sociale aux personnages. Les différentes coiffes, couronnes ou perruques contraignent les comédiens à un port de tête particulier au personnage.

Dans Andromaque '86, les maquillages sont des masques d'argile. Ils connotent par leur texture plâtrée et blanche, les statues antiques. Au fur et à mesure de la représentation, l'argile  se durcit et se fissure. Les statues s'humanisent peu à peu. Le théâtre tragique est toujours un théâtre de la dégradation, le malheur s’y dévoile de figure en figure, car ce qui est proprement tragique, ce n’est pas que l’homme soit abattu, c’est qu’il soit entraîné dans une connaissance de sa disgrâce, hors de laquelle aucune parole, et donc aucun art ne serait possible.

 

Les personnages de la représentation trouvent leurs spécificités dans l'amour, la loyauté et la sensualité où l'ouverture des uns se bute à la fermeture émotive des autres. L'espace se définie par la confrontation et la confidence comme par la liberté de mouvement, la captivité, ainsi que la précarité. La mise en scène d'Andromaque '86 a pour but d'entraîner le spectateur dans un tourbillon de passions dont la finalité est la vengeance, la folie et la mort.

 

          

       

   

 

« La troupe Acte 3, assidue et téméraire, continue de faire des siennes. Non contente d’avoir remporté un franc succès en avril ‘85, elle récidive courageusement avec le texte difficile d’Andromaque. Assis dans le fond de la piscine vide, les spectateurs sont tout d’abord surpris et même fascinés. Autour d’eux, sur les rebords de belles mosaïques, un peu rétro, évoluent des personnages en costumes lamés et perlés, faisant déjà partie du futur, rompant avec la tradition racinienne. Jean-Maurice Gélinas, dans sa mise en scène, réussit à faire passer des émotions fortes dans certaines scènes au bord du délire. »

Sophie de Santis, La Criée.
 

« L’aspect expérimental d’une mise en scène si éloignée des formules traditionnelles nous incite à dépasser les perceptions qu’on s’est toujours faites du théâtre racinien. Aussi, pour peu qu’on soit réceptif à cet effort d’imagination, attentif à une lecture “multiple” porteuse d’évasion, soucieux de dépasser les encadrements habituels, force nous est de constater qu’Andromaque ‘86 est une indiscutable réussite. La fatalité si chère à l’auteur y est même omniprésente. Que Pyrrhus ait l’allure du “boss” moderne ; que la colérique Hermionne enlève son soulier pour en frapper Oreste ; que les courses démentielles d’Oreste occupent beaucoup plus d’espace que sur une scène ordinaire (le personnage n’en est que plus troublant); que le texte comporte des intonations auxquelles nous ne sommes pas habitués ; que l’enceinte gymnique ait été exploitée à fond, à même le jeu fascinant de comédiens jeunes, inventifs ; pourquoi pas ? »

Laurier Renaud, professeur.
Département de Philosophie
Cégep de Jonquière