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MARIAGE
de Witold Gombrowicz

 

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Avec: Éloi Amesse, France Arbour, Jocelyn Bérubé, Michel Bérubé, Alain Dessureault, Alexandre Frénois, Jean-Maurice Gélinas, Ronald Houle, Dominique Lamy, Pierre Lavergne, Patrick Lavoie, Serge Lessard, / Mise en scène: Jean-Maurice Gélinas Assisté de Guy Lapierre / Scénographie et lumière: Olivier Duplessis / Costumes et maquillage: Frédéric Morin  / Environnement sonore: Patrick Handfield / Affiche: Alain Provost / Photo: Alain Renaud / Du 12 au 28 mai 1994 / Théâtre de la Bibliothèque, Montréal. Du 5 au 7 mai 1994 / Chapelle du Mont-de-La-Salle, Laval. En collaboration avec Le Ministère de la Culture et des communications du Québec La Ville de Laval Hydro-Québec Les Caisses Desjardins de Laval Banque Royale Celanese / Hoechst Le Théâtre de l’Opsis


 

En étudiant le texte d'une pièce normale, un acteur peut, d'après le sens d'une phrase, comprendre comment cette phrase doit être dite. Dans Mariage le problème est plus compliqué : le dialogue est plus artificiel, parfois les mots les plus simples sont chargés d'artifice.

Notre héros, Henri, découvre en songe une église terrestre où les humains s'y unissent en certaines formes de Douleur, d'Effroi, de Ridicule ou de Mystère, en des mélodies imprévues, en des relations et situations absurdes. Henri élève son père à la dignité de roi afin d'en recevoir le sacrement du mariage, après quoi il se proclame roi à son tour et veut se conférer à lui-même le sacrement. C'est Henri qui rêve  le tout, il est seul ; les autres personnages ne sont que rêvés par lui et manifestent directement ses propres états moraux. Il sent que ses imaginations ne sont pas un jeu innocent, que ses paroles et ses actes sont comme la conjuration de forces mystérieuses et menaçantes : Henri sent que la forme le crée. Il est en même temps metteur en scène.

Mariage prend souvent le caractère d'une véritable parodie de Shakespeare. Les décors, les costumes et les masques des acteurs doivent exprimer ce monde des jeux et des artifices éternels, des imitations et mystifications.

Le factice constitue le principe même de Mariage. Elle ne peut donc pas avoir de caractère mimétique : la réalité créée sur scène doit être artificielle, fausse, tout comme doivent l'être les actes et les propos des protagonistes. Les personnages ont une présence physique immédiate même s'ils sont créés par l'action, par les conséquences de décisions dues souvent au hasard et qui entraînent une personne, un groupe dans un tourbillon.

C'est dans l'ancienne Bibliothèque Dawson devenu pour quelques saisons le Théâtre de la Bibliothèque (dirigé par le Théâtre de l’Opsis) qu'Acte 3 a présenté en première nord-américaine Mariage. Dans cet immense espace rectangulaire, haut de trois étages et entouré de mezzanines, la scénographie s’appuie sur un style déconstruit, elle met en valeur la hauteur de la salle et synthétise, autour de deux éléments majeurs, la dimension shakespearienne et l’esprit éclaté de la pièce de Gombrowicz. Elle a érigé une sorte de totem, d'obélisque géant et miroitant, fragments d'une église mutilée. Au deuxième acte, celui-ci s'abaisse graduellement, sous l'effet d'un mécanisme de poulies et de chaînes grinçantes, afin de figurer une longue table de banquet autour de laquelle  s’organisera le dénouement de la pièce. Les spectateurs sont assis des deux côtés de l'aire de jeu faisant ainsi disparaître le clivage entre la salle et la scène tout en rappelant le dispositif du théâtre élisabéthain.

Le spectacle est également joué à ville de Laval dans la Chapelle de l’édifice du Mont-de-La-Salle, actuellement utilisée comme bibliothèque. Construit en 1917, cet édifice est la réplique exacte de celui construit au XIXème siècle dans le Parc Maisonneuve à Montréal. La configuration des deux salles est très similaire et permet la transposition de la mise ne scène et des autres conceptions sans compromis aucun.

La mise en scène tient également compte de la philosophie globale de l'auteur : Mariage est ici un hymne, un hommage à la Jeunesse et à l'Immaturité. Ce sont ajoutés aux neuf acteurs prévus, trois jeunes choristes que la mise en scène a baptisé « Les Anges ». Ils viennent souligner l’opposition « patrie-filisterie » si chère à l’auteur. Le spectacle est sensuel autant que métaphysique. Enfin, Mariage est un rêve contemporain qui exprime les tortures de notre époque.

 

     

     

 

« Les concepteurs ont introduit dans la pièce des nuances de tons, en tirant avantage de l’accent particulier des comédiens qui correspondaient bien à leurs rôles respectifs (surtout pour le Père, joué avec brio par Jocelyn Bérubé et pour Henri, interprété par l’excellent Jean-Maurice Gélinas). Malgré les imperfections de la traduction, leur intuition artistique a permis aux créateurs de saisir presque toutes les subtilités de cette oeuvre complexe et très difficile à interpréter. La philosophie scénique de Gombrowicz a été respectée dans sa majeure partie, même si d’importantes innovations ont été proposées par la mise en scène.

Dans Mariage, le héros agit comme le metteur en scène qui perdrait le contrôle des situations inventées par lui-même. Une telle lecture du personnage d’Henri conduirait idéalement à faire jouer ce rôle à un acteur qui serait en même temps metteur en scène. Tel était le cas dans Le Mariage présenté par Acte 3, où le rôle d’Henri était tenu par Jean-Maurice Gélinas, qui signait aussi la mise ne scène. Dans ce double rôle - probablement grâce à sa duplicité professionnelle - il a été excellent. Incrédule, distrait, méditatif, découragé et perplexe par moments : il a joué de façon convaincante. Par son interprétation, il nous a présenté une métaphore d’une “torture créatrice” de l’artiste qui est détruit petit à petit par le produit de sa propre imagination.

Le texte a été pensé par Gombrowicz comme une partition symphonique. Dans le spectacle d’Acte 3, cette ligne mélodique a été respectée, tant dans le jeu des acteurs qu’en ce qui concerne la trame sonore. Visuellement, le spectacle était également très réussi, et cela tenait à des éléments très simples mais originaux. »

Marguerite Kumor-Wysocka, Cahiers de théâtre Jeu.

« Depuis sa fondation, en 1983, le Théâtre Acte 3 s’est fait connaître par une douzaine de spectacles formellement audacieux, montés dans des espaces inusités. Théâtralité mais non conventionnelle, propre à l’éclatement de l’imaginaire, le vaste site de la bibliothèque Dawson sert bien Witold Gombrowicz, un auteur polonais « contestataire et anarchiste ». Sans renier l’expérience formelle qui fait la marque du Théâtre Acte 3, Gélinas a voulu faire de Mariage un spectacle accessible à tous. »

Marie Labrecque, Voir.