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La Voix humaine
de Jean Cocteau

 

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Avec: Jean-Maurice Gélinas / Mise en scène: Odette Guimond  / Conception scénographique: Jean-Maurice Gélinas  / Affiche: Guy Lapierre /  Photo: Bernard Dubois / Du 1er décembre au 19 décembre 1983 / Hôtel Karukera, Montréal. En collaboration avec Le Café Thélème La Brasserie O’Keefe La Paryse La Maison Secrestat

 

Dans la préface de la pièce, Cocteau souligne qu’il désirait écrire un texte très simple et même, « une pièce illisible » qui serait plutôt « un prétexte pour une actrice ». Ce solo pour une comédienne met en scène une femme ébranlée par une rupture. Elle attend un dernier coup de téléphone de son amant. La pièce entière repose sur cette conversation téléphonique.

C’est dans une chambre d’un petit hôtel « tourist room » que le Théâtre Acte 3 convie le spectateur à une rencontre privilégié et intimiste avec cette voix humaine, avec cette présence rongée par la solitude et mise à nu. Les rapports entre le comédien et le public sont également renouvelés. Acte 3  a mis à la disposition du public des masques. Bien que l’éclairage cru et l’exiguïté des lieux atténuent la distance entre le comédien et les spectateurs, le port du masque crée inévitablement une barrière entre eux (et entre les spectateurs aussi). Ces masques apportent une dimension neuve à « l’acte de regarder et d’écouter ». En réduisant le champ de vision, le masque procure au spectateur un sentiment de solitude tout en l’impliquant dans une position de voyeurisme. Chacune des représentations est retransmise, en circuit fermé, sur un moniteur qui se trouve au rez-de-chaussée,  dans un bistrot. Là, un tout autre public découvre et suit différemment ce qui se passe dans la chambre du haut.

Dans la version d’Acte 3, c’est ici un homme qui a été abandonné par une femme. Un homme explore donc la sensibilité féminine mais, en même temps, il ne peut s’empêcher de réagir selon sa propre sensibilité. Autre modification du texte de Cocteau : le téléphone ne sonne pas au début de la pièce mais à la fin. La pièce devient alors le monologue d’un homme tragiquement seul qui s’imagine ce qu’il dirait à la femme qu’il aime toujours. L’abandon inhérent à la condition humaine est ainsi mis en valeur.

Dans la pièce de Cocteau, on s’abandonne lentement dans le désespoir. Alors que dans la version Acte 3, on assiste à un exorcisme, une espèce de catharsis. Lentement, le personnage semble se défaire de cette rupture amoureuse. Il rebranche le téléphone, et lorsque celui-ci sonne, décide de ne pas répondre.

    

 

« Jean-Maurice Gélinas rend bien ce tragique profond de l’amant éconduit. Il nous fait soupçonner tout le conflit intérieur qui le bouleverse. Les personnes qui ont déjà eu des revers amoureux se retrouveront. »

Jean-Pierre Bonhomme, La Presse.
 

« La Voix humaine peut devenir le terrain d’expériences théâtrales intéressantes, comme celle du Théâtre Acte 3 qui nous offre un spectacle remarquable. »

Christine Robinson, Continuum.
 

« Vous me permettrez de vous parler de samedi, de vous témoigner une part de cette intensité, de cette émotion contenue que cette voix humaine trop humaine, véhiculait. La justesse et le contrôle démontrés lors de cette représentation permettaient d’abolir les lois au théâtre. La voix me parlait, à moi, dans la chambre, non pas comme spectateur mais comme un confident qu’une trop grande sincérité émeut. »

Stéphane Lépine, commentaire écrit d’un spectateur, critique de théâtre.
 

« Alors ça se passe justement dans un véritable Tourist Room. Nous voilà dans la chambre. Il y a dix-sept invités qui s’assoient dans une extrémité de la pièce et là, il y a le comédien qui attend comme s’il n’y avait personne et qui se prépare. Pendant ce temps-là, la pièce qui joue en haut dans le Tourist Room  est projetée en bas, dans un café. On voit des gens qui entrent et qui sortent comme on fait au café et ce qu’on a essayé de faire, c’est de jouer sur le réel. C’est-à-dire que le paradoxe ici, c’est qu’on regarde la télévision, on y voit quelque chose alors que le  réel qui est bien sûr du théâtre se passe en haut.

Et les gens savent que ça se passe pour vrai, en haut. Pendant qu’ils regardent, il y en a qui sont un peu distrait, il y en a qui discutent, il y a en a qui prennent un café ou bouffent de la crème-glacée. Mais on s’est rendu compte, qu’à la longue il y a une  intensité telle qu’à mesure que la pièce avance, ça devient de plus en plus intense et les gens écoutent justement avec une sorte de respect assez, assez époustouflant. »

Daniel Pinard, Coup d’Oeil, Radio-Canada.